Les expositions immersives : grande claque ou grosse arnaque ?

Les expositions et expériences immersives fleurissent dans nos villes. À grand renfort de mapping vidéo, de son surround et de technologies dernier cri, elles promettent de faire vivre aux visiteurs des émotions uniques. Mais la promesse n’est pas toujours tenue et parfois l’immersion tourne à la déception.

Lights on Van Eyck : émotions autour de l’Agneau mystique

Lors de notre dernier séjour à Gand, en 2020, la ville célébrait l’année Van Eyck. C’est en effet dans cette cité que le maître flamand a peint l’Agneau mystique, un des chefs-d’œuvre de la peinture. Au programme des festivités de cette année figurait l’expérience immersive Lights on Van Eyck.

Une chapelle transformée en salle d’immersion

Lights on Van Eyck était présenté dans une chapelle de l’église Saint-Nicolas, dans le centre historique de Gand. Assis sur une chaise inconfortable dans la chapelle, nous avons assisté à une expérience spectaculaire articulée essentiellement autour de l’Agneau mystique.

Malgré quelques entorses à la vérité historique et quelques effets un peu too much, le spectacle valait le détour. Il nous a permis d’admirer ce retable sous toutes ses coutures. Il montrait aussi l’incroyable sens du détail de Van Eyck en nous faisant voyager dans ses tableaux les plus connus.

L’Agneau mystique : virtuel ou réel ?

Le lendemain de cette expérience immersive et virtuelle, nous découvrions le véritable Agneau mystique. Et c’était une déception ! Pas à cause du tableau lui-même, mais à cause des conditions d’exposition.

L’immense retable de Van Eyck est exposé dans l’église Saint-Bavon, dans le centre historique de Gand. Mais il n’est pas en accès libre, il faut acheter un ticket pour avoir le privilège de l’admirer. Vous accédiez alors dans une salle sombre et petite. L’Agneau mystique est conservé en sécurité dans un caisson vitré. La pièce est juste assez grande pour tourner autour du retable.

Le dispositif mis en place semblait conçu à la fois pour protéger l’œuvre et pour dissuader les photos. Mais il empêchait aussi de s’approcher du retable et d’en admirer les détails.

Or, s’il y a bien une oeuvre qui mérite qu’on prenne le temps pour la regarder, c’est bien celui-ci. Rien que la scène centrale du retable, où l’on voit le fameux agneau, fourmille de détails. Haut de de presque 4 mètres et large de plus de 5 mètres (quand il est déplié), il est composé de 24 panneaux.

Depuis notre visite, l’Agneau mystique a déménagé dans une autre pièce de l’église, mieux adaptée. La scénographie a aussi été améliorée. Mais nous n’avons pas encore pu la visiter.

"L'Agneau mystique" de Van Eyck, dans l'église Saint-Bavon à Gand.
Mauvaise photo de « L’agneau mystique » prise en 2020, avant le déménagement du retable.

Immersion dans l’art flamand au KMSKA

Quelques mois plus tard, une autre expérience immersive nous a plongés par surprise dans les détails de l’art flamand. Nous visitions le KMSKA à Anvers. Ce musée des beaux-arts venait de rouvrir après une longue fermeture pour rénovation.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le coup de jeune donné à cette institution anversoise est une réussite. L’objectif principal était notamment de présenter les collections d’art ancien dans un parcours thématique plutôt qu’historique. Et de confronter l’art ancien à l’art contemporain.

Le KMSKA utilise aussi le mapping vidéo ou la réalité virtuelle pour surprendre les visiteurs et offrir un éclairage nouveau sur les œuvres exposées. Ainsi, une salle du musée immerge les visiteurs dans l’art subtil et délicat des maîtres flamands. Pour ce faire, quelques détails extraits de peintures anciennes sont agrandis de façon spectaculaireet et sont animés.

Cette immersion est de toute béauté. C’est aussi une salle didactique qui nous invite à regarder les tableaux et à en admirer les effets de matières.

Van Gogh Immersive experience : quand l’immersion vire à la déception

Malheureusement, les expériences immersives ne sont pas toutes des réussites. C’est ce que nous avons découvert cet été en visitant la Van Gogh Immersive Expérience, dans l’église Saint-Pholien à Liège.

Saint Pholien : une église mythique pour un génie de la peinture

L’église Saint-Pholien, rendue autrefois célèbre par un roman de Georges Simenon, a été désacralisée en 2024. Elle accueille depuis des expositions immersives. Après Monet, c’est donc au tour de l’œuvre de Van Gogh.

J’aime beaucoup Van Gogh. C’est toujours avec beaucoup d’émotions que j’admire ses tableaux dans les musées. L’artiste a aussi connu une vie courte mais passionnée, qui mérite d’être racontée. C’est donc avec curiosité que j’attendais cette exposition immersive. Mais la déception a été à la hauteur de l’attente.

Des tournesols criards

L’exposition se compose de deux parties. On commence par un parcours didactique. De longs textes explicatifs qu’encadrent de très mauvaises reproductions introduisent le visiteur à la vie et l’oeuvre de Van Gogh. Devant la médiocrité de cette entrée en matière, on presse le pas. Nous sommes pressés d’arriver dans la partie immersive, installée dans la nef de l’église.

Hélas, l’expérience immersive tourne court. Les projections bénéficient évidemment de la hauteur impressionnante de la nef de Saint-Pholien. Et les organisateurs ont pensé au confort des visiteurs. Vous avez le choix de s’installer dans des transats sur le pourtour de la salle ou de vous asseoir sur un des poufs posés au mileu de l’espace.

Expo de peinture ou cinéma 3D ?

L’installation tente d’évoquer de façon poétique le parcours de Van Gogh, du développement de son génie artistique jusqu’à sa santé mentale vacillante qui le mènera à sa perte. Au passage, les projections soulignent lourdement l’influence des estampes japonaises, dont la célèbre Grande vague d’Hokusaï.

Les images spectaculaires défilent. Elles évoquent, mais ne racontent ni expliquent évidemment rien. Au début, l’immersion est réelle. Le lieu, les animations, la musique vous invitent à vous laisser aller et à plonger dans l’oeuvre de Van Gogh.

Malheureusement, rapidement, quelques détails viennent gâcher l’expérience. Il y a d’abord la qualité des couleurs des tableaux très approximative. Les tableaux de Vincent en deviennent criards et laids.

Certains effets sont grotesques. C’est le cas, par exemple, d’un train en 3D, échappé de l’arrière-plan d’une toile de Van Gogh, qui s’envole et tourne autour de la salle.

Enfin, plusieurs animations autour de tableaux célèbres ne les mettent pas en valeur. Elles les transforment plutôt en spectacles futiles, sans chercher à les comprendre.

Finalement, le spectacle se termine (ou plutôt la boucle s’achève). Nous sortons de la salfrustrés et déçus. Je me dis que l’oeuvre de Van Gogh n’a rien gagné de cette transformation en spectacle. Cette expérience n’a en rien égalé ma découverte des véritables tableaux, que ce soit à Orsay ou à Amsterdam.

Van Gogh Immersive Expérience dans l'église Saint-Pholien à Liège

En conclusion

Il en va des expositions immersives comme de toutes les expositions. Certaines sont réussies, d’autres non. Certaines vous touchent et vous restent en mémoire à jamais. Vous traversez les autres comme un fantôme, sans ressentir d’émotion et sans en garder le moindre souvenir.

Ces dispositifs technologiques sont d’excellents moyens d’amener un nouveau public dans les musées. C’est aussi une belle introduction aux chefs-d’œuvre et aux grands maîtres de l’art.

La technologie cependant n’est pas un gage de qualité. Une direction artistique soignée doit respecter les oeuvres originales. L’immersion, les projections et les animations ne doivent pas trahir les couleurs et le rendu des peintures. Elles doivent aussi respecter l’esprit et l’âme de l’artiste qui les a créées.

Et vous, vous aimez les expositions et expériences immersives ?


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7 commentaires sur “Les expositions immersives : grande claque ou grosse arnaque ?

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  1. Excellent sujet ! Merci pour ton reportage et ton avis sur la question.
    Le mien est tout aussi tranché, étant claustrophobe, je suis incapable d’aller voir ce genre d’exposition.
    La lumière et les couleurs criardes non plus.
    J’apprécie énormément la peinture de ces artistes, mais au Musée et dans le calme.
    J’aime me faire ma propre idée et laisser mon imagination faire son chemin.
    Je n’aime pas qu’on m’inflige ces mises en scènes, plus ou moins réussies d’ailleurs.
    J’ai pu remarquer également dans certains châteaux des mises en scènes plutôt douteuses qui m’ont beaucoup déçue.
    C’est bien dommage, il en faut pour tous les goûts !

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai vu quelques unes de ces expositions immersives, mais je crois qu’il faut les voir un peu comme un spectacle de sons et lumières sur des thèmes artistiques, ou comme une initiation à la peinture pour ceux qui ne vont pas voir les expositions en temps ordinaires. La dernière que j’ai vu à Paris concernait Picasso et Le douanier Rousseau. J’allais ds cette « grande salle » biscornue surtout pour voir le douanier… c’est là que j’ai été déçue : peu de ses tableaux et beaucoup de Picasso, je crois que le tout a duré 35 ou 40 minutes, mais c’était agréable à regarder, même si le lieu était microscopique en comparaison des Carrières de Lumière des Baux e Provence !

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    1. Je crois qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance du lieu dans les réussites de ces expositions. Comme dans les vrais musées d’ailleurs, où le lieu vous marque parfois autant (sinon plus) que les oeuvres exposées.

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  3. Je n’ai pas eu l’occasion de découvrir jusque là ces expositions immersives mais elles attisent ma curiosité. Je suis donc assez dubitative en lisant votre expérience. Dans notre monde archi visuel, je pensais notamment, sans doute naïvement, que ce genre « d’attraction » pouvait au moins donner envie à un public néophyte d’en savoir plus sur un peintre et sur l’Art plus généralement. Il ne faudrait pas que cela décourage au contraire… Dans tous les cas, j’aimerais bien expérimenter une telle promenade immersive, dans mes propres tableaux (aurait-elle la même intensité que celle produite par mon imagination ?…)

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    1. Mon expérience envers ces expos reste globalement positives, malgré quelques déceptions.
      Il me semble qu’elles peuvent servir d’initiation à l’art ou à des artistes tant qu’elles restent des « expositions » plutôt que des « attractions ». Et l’idée dans une promenade immersives dans nos propres oeuvres est extrêmement séduisante. Casse gueule, mais séduisante…

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  4. De manière générale j’aime plutôt bien le concept d’exposition immersive qui a pour but effectivement de démocratiser un milieu qui peut être parfois un peu hermétique et élitiste. Mais, comme tu le soulignes, ça peut très bien être raté. J’avais bien aimé celle sur Tintin aux bassins des Lumières à Bordeaux.

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    1. J’ai entendu beaucoup de bien à propos des Bassins des Lumières, mais je ne suis jamais allé à Bordeaux. C’est sur ma longue liste de destinations à visiter…
      L’expo immersive sur Tintin est venue à Bruxelles. J’étais tenté, mais je n’ai pas eu l’occasion d’y aller.

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