Il y a des films qui deviennent culte dès leur sortie. C’était le cas de Dune de Denis Villeneuve. Poor Things, l’étrange film de Yórgos Lánthimos avec Emma Stone réussit aussi cet exploit. Cet OVNI cinématographique ne ressemble à aucun autre film et recèle bien des surprises.
Le film m’a tellement plu qu’il m’a inspiré des dessins. Dans ce nouvel article de la série Films culte, je vous explique pourquoi Poor Things est un film si spécial.

Frankenstein au féminin ?
La promo et les critiques ont largement mis en avant la parenté entre Poor Things et Frankensteinr, mais à ma grande surprise, le film de Yórgos Lánthimos n’a finalement qu’un lien très ténu avec Frankenstein, tant au niveau du récit que du ton.
Frankenstein : un roman gothique à l’assaut de la pop culture
Frankenstein, le roman de Mary Shelley, paru en 1831, en un chef d’oeuvre de l’épouvante, aux confins de la littérature gothique et de la science-fiction. Les personnages du Dr Frankestein et de sa créature monstrueuse sont surtout connus du grand public par les nombreuses adaptations au cinéma. En particulier, les films Frankenstein (1931) et sa suite La Fiancée de Frankenstein (1935), tous deux réalisés par James Whale, ont contribué à graver le monstre et son apparence (les boulons, les cicatrices) dans l’imaginaire collectif et la pop culture.
Le mythe de Frankenstein a aussi inspiré d’autres réalisateurs. Je pense immédiatement à Tim Burton, qui a réalisé un film d’animation intitulé Frankenweenie. Son chef d’oeuvre Edward aux mains d’argent puisait lui aussi largement dans l’imaginaire de Frankenstein, mais en le retournant et le modernisant de fond en comble.
Quand Frankenstein rencontre Candide
Comme Tim Burton, Yórgos Lánthimos s’est nourri de Frankenstein pour aller dans une direction complètement différente. Adapté d’un roman de l’écrivain écossais Alasdair Gray, Poor Things tourne le dos à l’horreur gothique.
Le réalisateur grec charcute le mythe, dont il ne conserve que quelques éléments, pour composer une comédie qui tient autant de la farce que de la fable. Férocement drôle, Poor Things est aussi un conte philosophique féministe, qui rappelle parfois Candide de Voltaire.
Synopsis
À Londres, l’étudiant en médecine Max McCandles est invité par son professeur, le Dr Godwin Baxter, à rencontrer sa fille Bella. Le jeune homme est d’abord surpris par le comportement enfantin de la jeune femme. Bientôt, le Dr Baxter lui dévoile les raisons de ces manières bizarres. Bella est en réalité née d’une expérience scientifique sur le cadavre d’une jeune noyée enceinte que Godwin Baxter a ressuscité en lui greffant le cerveau de son foetus !
Cette horrible révélation n’effraie guère l’étudiant. Elle ne l’empêche pas de tomber sous le charme de Bella et de demander sa main. Elle accepte de l’épouser, mais est bientôt séduite par l’avocat Duncan Wedderburn, venu préparer le contrat de mariage. Les deux amants s’enfuient à Lisbonne. Bella va y découvrir la liberté et le plaisir sexuel, mais aussi les contraintes de la vie en société.
Lisbonne n’est que la première étape d’un voyage initiatique et émancipatif au cours duquel Bella va remettre en question le patriarcat, le mariage et le capitalisme…
Expressionnisme en technicolor
Je ne vous raconte pas la fin du film, pour vous laisser un peu de surprises. Sachez simplement que l’histoire de Bella s’achève bien mieux que celle du monstre de Frankenstein.
La mise en scène de Yórgos Lánthimos joue aussi avec les attentes du spectateur et le surprend constamment. Le film débute dans un noir et blanc magnifique qui rend hommage aux films expressionnistes allemands des années 20 ou aux films d’horreur Universal des années 30.
Lorsque Bella s’émancipe et quitte son créateur, le film abandonne brusquement le noir et blanc pour la couleur. Le réalisateur recrée Lisbonne et Paris en studio, dans des versions complètement fantasmées et éloignées de la réalité. Entre ces deux villes, il embarque ses personnages dans une croisière sur un bateau extravagant et fantaisiste.
Les costumes, très créatifs, surprennent également. Ils revisitent les vêtements de l’ère victorienne avec un regard et des matières très modernes. Les robes et tenues de Bella qui ponctuent son parcours sont particulièrement réussies, déstructurant à l’extrême les silhouettes victoriennes.
Décors, lumières et costumes concourent ainsi une époque victorienne alternative, un monde fantastique, anachronique et steampunk.
Bella Baxter/Emma Stone
Sans le talent d’Emma Stone, tout le travail investi dans le récit et l’aspect visuel de Poor Things s’écroule comme un château de cartes. Le rôle de Bella Baxter est un rôle aussi formidable que casse-gueule. Il n’aurait pas fallu grand chose pour que le personnage vire au ridicule.
L’actrice Emma Stone avait déjà montré l’étendue de son talent, capable de passer avec aisance de l’univers coloré et musical de La La Land à celui de Cruella. Elle parvient ici à donner chair à cette pauvre créature, à la faire vivre. Le spectateur oublie l’irréalisme et le grotesque des situations pour embarquer volontiers dans cet étrange voyage en compagnie de Bella. L’actrice a amplement mérité son Oscar.
Godwin Baxter/Willem Dafoe
Emma Stone porte le film sur ses épaules, mais il faut aussi saluer les autres membres du casting, en particulier Willem Dafoe et Mark Ruffalo. Willem Dafoe n’a pas eu peur de s’enlaidir, une fois encore, pour incarner le Dr Godwin Baxter, le créateur de Bella. Avec son visage couturé de cicatrices, il est méconnaissable. Il compose un savant fou, à la fois génial, inflexible et fragile, à la fois bourreau et victime.

Dessiner Poor Things ?
Vous l’aurez compris, j’ai été surpris puis charmé par Poor Things. La fantaisie du scénario, l’extravagance de la mise en scène et l’énergie de l’interprétation m’ont fait forte impression. Après avoir vu le film, je n’arrêtais d’y penser. Les personnages de Bella et du Dr Baxter en particulier me hantaient. Je me suis donc décidé à les dessiner.
J’ai utilisé Procreate sur iPad pour réalisés ces deux portraits, dessinés assez rapidement. Cette vidéo résume en 15 secondes les grandes étapes du portrait de Bella. En réalité, le dessin a demandé un peu plus de temps, environ 1h30 (je n’ai pas chronométré).
Poor Things : un film culte et inspirant
Poor Things est un film iconoclaste et inclassable qui réussit le tour de force d’être dans l’air du temps tout en rendant hommage au cinéma classique. Jouant avec le mythe de Frankenstein et les codes de l’époque victorienne, il propose un récit original et moderne, qui nous divertit tout en nous invitant à réfléchir.
Dans un paysage cinématographique dominé par les super-héros et les plateformes de streaming, le travail de Yórgos Lánthimos nous montre qu’il est encore possible de créer des films qui s’écartent des sentiers formatés. Ces films d’auteurs explorent de nouveaux territoires narratifs et visuels, bousculent les attentes. Ils parviennent à faire exploser les codes et à déstabiliser le spectateur en restant accessibles. Bref, Poor Things mérite bien son statut de film culte !
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Je voulais le voir et je n’ai pas eu le temps et là je ne le vois plus à l’affiche vers chez moi … Hum, je trouverais bien une solution ! 🙂
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J’ai adoré !!!
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