Jane B. (1946-2023) : dessin hommage à Jane Birkin

« Signalement
yeux bleus
Cheveux
Châtains
Jane B… »

Jane B., 1969

Sa voix, son accent, sa fragilité, et bien sûr ses chansons ont accompagné nos vies.

La petite Melody Nelson de Gainsbourg en a parcouru du chemin, cassant plusieurs fois son image. Elle a inspiré les chansons les plus intimes de Serge. Inspiré bien d’autres créateurs, compositeurs et cinéastes. Et enchanté nos existences.

Je l’ai vue au théâtre. Je l’ai entendue plusieurs fois en concert. A chaque fois j’ai été touché par sa sincérité, sa fragilité et par cette incroyable chaleur intérieure.

Jane B. (1946-2023) : dessin vectoriel en hommage à Jane Birkin

Jane B. et Serge G.

En débarquant en France sur le tournage de Slogan, comment cette jeune anglaise pouvait-elle imaginer que sa rencontre avec ce séducteur français plus très jeune et pas très beau allait changer sa vie ? Serge Gainsbourg la persuade d’enregistrer avec lui un single. Le sublimement érotique Je t’aime… moi non plus fait scandale partout où il passe, est interdit dans de nombreux pays et devient un carton mondial.

En écoutant la bande de « Je t’aime moi non plus » le directeur de Philips aurait dit :

« Je suis d’accord d’aller en prison mais pour un album, pas pour un 45 tours. »

Jane et Serge enregistrent donc à l’improviste l’album Jane Birkin – Serge Gainsbourg, qui comprend 4 titres composés pour Jane Birkin, les singles « Je t’aime… moi non plus » et « 69 année érotique », et des reprises de chansons composées par Gainsbourg pour d’autres interprètes. Parmi les chansons interprétée par Jane, figure « Jane B. », sur un prélude de Chopin, un faux portrait de son interprète et une vraie ballade tragique.

Jane et Serge deviennent un couple mythique. Tandis qu’au cinéma elle joue les ravissantes idiotes dans des comédies à succès, suite au succès de ce premier album, il l’entraîne dans une seconde carrière imprévue pour laquelle elle n’était pas programmée. Jane a d’abord beaucoup de mal pour enregistrer les chansons qu’il lui écrit. Son accent anglais trébuche sur les mots souvent compliqués et sa voix fragile peine à se caler sur le rythme particulier.

Birkin ne cesse d’inspirer Gainsbourg, pour l’album Histoire de Melody Nelson (1971), chef-d’oeuvre boudé par le public, puis pour le premier film qu’il réalise, Je t’aime… moi non plus, une étrange histoire d’amour impossible qui ne séduit ni les critiques ni le public. Avec le temps, le disque et le film deviendront culte.

Tandis que Gainsbourg glisse de plus en plus vers la provocation, les chansons qu’il écrit pour Birkin sont à l’inverse de plus empreintes de mélancolie et de nostalgie, à l’image du tube « Ex fan des sixties » (1978).

Baby Alone

A l’aube des eighties, lassée des excès de Gainsbarre, Jane se barre. Sa relation avec le réalisateur Jacques Doillon lui ouvre de nouveaux horizons. Elle délaisse les comédies faciles pour le cinéma d’auteur. Elle tourne pour Jacques Doillon, Jacques Rivette, Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Marion Hänsel…

Malgré leur séparation, Gainsbourg continue à lui écrire des albums de plus en plus mélancoliques où il déverse son amour et ses regrets. Sorti en 1983, l’album Baby alone in Babylone est sans doute le point culminant de leur collaboration. Outre la chanson éponyme (basée sur une symphonie de Brahms), on y retrouve les perles Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve et Les Dessous chics.

« Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve
Se dire qu’il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux »

Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve, 1983

A presque 40 ans, Jane Birkin monte enfin sur scène, d’abord pour interpréter Marivaux sous la direction de Patrice Chéreau, puis pour défendre l’album Lost Song (1987) en concert.

L’après Gainsbourg

Serge Gainsbourg meurt en mars 1991, quelques mois après la sortie d’Amours des feintes, la dernière collaboration Birkin/Gainsbourg. C’est un album particulièrement sombre, sur lequel plus que jamais plane l’ombre des amours brisées et de la dépression.

Sous le choc, bouleversée par un double deuil (son père est mort quelques jours après Gainsbourg), Jane maintient les concerts prévus au printemps 1991, en y reprenant quelques classiques de Gainsbourg. En terminant les concerts par « Je suis venu te dire que je m’en vais« , elle laisse entendre que c’est sa dernière tournée.

Loin de prendre sa retraite, Jane s’absorbe dans le travail. Elle alterne films et pièces de théâtre, tout en continuant à enregistrer de nouveaux albums. Elle explore le répertoire de Gainsbourg, reprenant les classiques et des titres oubliés ou méconnus (« La Gadoue« ) dans des Versions Jane, avant de les emmener dans de nouvelles directions (les versions arabo-andalouses de la tournée Arabesque (2002) ou, plus tard, les orchestrations symphoniques).

Revenant sur sa décision d’arrêter les concerts, elle sillonne le globe pour faire découvrir au monde entier, en live, le génie de Gainsbourg.

Elle s’aventure en dehors de l’ombre de Serge en demandant à d’autres d’écrire pour elles. D’abord les amis, dont les fidèles Chamfort, Souchon et Daho, sur l’album A la légère (1998). Rendez-vous (2004), et ses duos au casting international 3 étoiles, puis Fictions (2006), un album essentiellement anglophone qui mêle reprises (Kate Bush, Neil Young, Tom Waits…) et chansons originales, confirment son talent d’interprète.

Jane B. (1946-2023) : dessin en hommage à Jane Birkin
Version Procreate du dessin

Ecritures

Depuis toujours, Jane Birkin écrit, racontant sa vie dans ses journaux intimes. Longtemps, elle a gardé à l’abri des regards ce jardin secret. En 1999, cette part d’ombre est une première fois révélée. Elle écrit Oh ! Pardon tu dormais…, une pièce de théâtre qu’elle adapte ensuite dans un téléfilm qu’elle réalise.

Cette première incursion est suivie de Boxes (2007), un premier film très autobiographique, qu’elle écrit, réalise et interprète. Enfin, elle écrit tous les textes d’Enfants d’hiver (2008), un album lui aussi largement autobiographique, nourri en particulier par ses souvenirs d’enfance.

La maladie l’oblige à ralentir le rythme, mais elle continue à défendre Gainsbourg, à travers une série de lectures de ses textes. C’est lors de cette tournée, qu’on lui suggère d’accompagner ces textes par un orchestre symphonique. L’idée se concrétise à travers une série de concerts puis sur l’album Birkin/Gainsbourg : le symphonique (2017).

Sorti en 2020, Oh ! Pardon tu dormais… est inspiré de sa pièce éponyme. Produit et composé par Etienne Daho et Jean-Louis Piérot, il s’inscrit musicalement dans la continuité des albums écrits par Gainsbourg. Creusant à nouveau le sillon autobiographique, les textes de Birkin sont hantés par la mort de sa fille Kate Barry, mais aussi traversés de moments plus lumineux, comme cette évocation des « Jeux interdits » de Kate et Charlotte.

Sur scène, le concert autour de cet album est comme un livre de souvenirs, où les nouvelles chansons font écho aux anciennes. Rattrapée par la maladie, Jane doit interrompre sa tournée.

Elle s’est éteinte chez elle, le 16 juillet 2023. Elle avait 76 ans et, sans doute, encore tellement de projets…

Goodbye Jane. Et merci pour tous ces moments.

Timelapse de la construction du portrait de Jane, avec Procreate sur iPad


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5 commentaires sur “Jane B. (1946-2023) : dessin hommage à Jane Birkin

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  1. Quelle tristesse ! Elle a accompagné nos vies, et on l’a aimée dès le début. Avec son accent, sa fraîcheur, sa petite voix, on a chanté ou fredonné ses chansons. Et puis, il y a eu ses films, ses pièces de théâtre où elle nous a prouvé sa maîtrise, sa justesse d’actrice.
    Elle nous a fait rire aussi, quand elle parlait du contenu de son sac, elle trimballait toute sa vie… elle était naturelle, tendre. Elle me manque déjà.

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