Films culte : « Shining » de Stanley Kubrick

En mars 2020, je réfléchissais à un Top 10 des films à ne pas regarder pendant le confinement en vue d’un article. Dans la liste, il y avait Edward aux mains d’argent de Tim Burton, un joli conte de fée moderne qui traite notamment de confinement et d’isolement. Au sommet, en numéro 1, il y avait Shining de Stanley Kubrick.

Finalement, je n’ai pas écrit d’article. La liste est restée dans mes carnets, mais j’ai gardé l’envie de dessiner une affiche alternative de Shining. La réalisation de cette idée aura pris plus d’un an, depuis l’idée initiale à l’affiche finale. Avant d’expliquer pourquoi la concrétisation du projet a pris autant de temps, si on parlait un peu du film. Attention, cet article contient des spoilers.

The Shining de Kubrick - alternative poster - vector illustration
Shining – affiche alternative

Stephen King vs Stanley Kubrick

The Shining, sorti en 1980, est basé sur le roman éponyme de Stephen King, paru quelques années plus tôt. Pour ceux qui n’auraient ni vu le film ni lu le livre, c’est l’histoire d’un écrivain, Jack Torrance, qui est engagé pour entretenir l’hôtel Overlook dans les montagnes du Colorado pendant la saison d’hiver. Isolé avec avec sa femme et son fils Danny dans l’hôtel fermé, coupé du monde extérieur à cause de la neige, il va peu à peu glisser dans la folie meurtrière…

Stephen a détesté l’adaptation de son livre, au point de réclamer que son nom soit retiré du générique. Il reproche en particulier à Stanley d’avoir considérablement atténué l’alcoolisme de Jack, pourtant au coeur du livre, et d’avoir ainsi altéré le sens et le le message du roman. Il a révélé plus tard que son roman était en partie autobiographique : l’écrivain a lui-même été alcoolique.

Stephen King vs Stanley Kubrick (parodie Shining) - vector illustration
Stephen King furieux contre Kubrick

De mon point de vue, la plupart des changements et partis-pris de Kubrick ont largement contribué à la réussite du film et expliquent en partie pourquoi il est devenu un film culte.

Le récit du film est profondément ambigu. Il ne jamais de réelle explication aux événements et laisse planer le doute. Il y a au moins trois clés de lecture possible. La folie de Jack pourrait être liée à l’alcoolisme et à l’isolement. Elle pourrait être d’origine surnaturelle, causée par des forces maléfiques liées à l’Overlook. Enfin, la plus tirée par les cheveux, tout le film ne pourrait être que le fruit de l’imagination de Danny.

Kubrick termine son film avec un plan énigmatique, un simple gros plan sur une photo, qui vient troubler nos certitudes et ouvre de nouvelles pistes d’interprétation.

Le génie visuel de Kubrick

Le réalisateur a condensé l’essentiel de l’intrigue du livre en quelques scènes clé en s’appuyant sur quelques idées visuelles fortes. Kubrick a commencé sa carrière comme reporter photographe. Devenu cinéaste, il en a gardé un sens du cadrage et de l’image qui ont rendu sa carrière cinématographique unique. Pourtant, visuellement, aucun de ses films ne se ressemble vraiment. L’approche visuelle est à chaque fois adaptée à l’histoire. Les décors, les costumes, la photographie, la mise en scène, la musique, le montage, tout était soigneusement étudié et contrôlé, avec un souci maniaque du détail, pour raconter en images l’histoire désirée.

Ce qui frappe d’abord dans Shining, c’est à quel point le visuel du film s’éloigne des films de maison hantée habituels. Exit la maison gothique délabrée et poussiéreuse aux coins et recoins sombres perdus dans une déco surchargée. L’Overlook est un hôtel majestueux d’inspiration art déco. Kubrick exploite les grands espaces de l’hôtel, le hall immense que choisit Jack comme bureau ou ces couloirs interminables que parcourt Danny sur son tricycle. La plupart des scènes sont filmées de jour et bien éclairées.

L’hôtel paraît réaliste et inoffensif, mais derrière les apparence se cache une face fantastique et irrationnelle. À bien y regarder, on découvre que la disposition des pièces n’est pas logique. Et que les pièces à l’intérieur sont bien trop grandes pour l’extérieur.

Il y a peu d’action dans le film. Le réalisateur fait lentement monter la tension à coup d’images chocs, de flashs visuels. Les deux soeurs. L’ascenseur qui vomit du sang. L’inscription mystérieuse REDRUM. La chambre 237. Le tricycle. Le labyrinthe enneigé. Autant d’éléments qui vont faire entrer Shining dans la légende.

Les soeurs Grady ne sont pas pas jumelles dans Shining - vector illustration
Les soeurs Grady, une des images fortes du film

La folie de Jack Nicholson

Stephen King s’est opposé en vain au choix de Jack Nicholson pour incarner Jack Torrance. Il lui préférait des acteurs moins associés à la folie. On a bien du mal à imaginer ce que serait le film sans la prestation de Nicholson. Il compose un Jack Torrance terrifiant, dont le sourire charmeur du début film cache une personnalité troublée et se transforme en folie meurtrière. Son interprétation culmine dans la scène culte de la salle de bain, à la fin du film. Kubrick parvient à juguler le jeu de Nicholson qui ne fait pas toujours dans la dentelle.

Il serait injuste de ne pas saluer l’interprétation de Shelley Duval, dans le rôle ingrat de Wendy, et de Danny Lloyd, 6 ans, dans son premier rôle au cinéma.

Jack Nicholson/Jack Torrance dans Shining de Kubrick -illustration vectorielle
Jack Torrance interprété par Jack Nicholson (détail de l’affiche)

Le culte Shining

A sa sortie en 1980, le film est accueilli fraîchement par la critique. Il reçoit même deux nominations aux Razzie Awards (pire actrice pour Shelley Duvall et pire réalisateur pour Stanley Kubrick !), ce qui ne l’empêche pas de remporter un joli succès public.

La réputation du film ne va cesser de croître au fil du temps, en particulier après la mort de Kubrick. Des critiques influents retournent leur veste. Les cinéastes et les artistes citent ou s’inspirent du film. Kate Bush s’inspire librement du livre et du film pour sa chanson Get Out of My House. Les Simpsons le parodient. Scorsese le mentionne dans sa liste des films les plus terrifiants. Dans la meilleure scène de son adaptation de Ready Player One, Steven Spielberg envoie les protagonistes à l’intérieur du film Shining et récrée pour ce faire plusieurs scènes du film. En 2012, le documentaire Room 237 explore en détail 9 théories suscitées par le film. Bref, considéré à présent comme un des plus grands films d’horreur, Shining s’est creusé un trou à coup de hache dans la pop culture.

Hache de Shining (détail de l'affiche) - vector illustration

Retour à l’Overlook

En 1997, Stephen King écrit une nouvelle adaptation de son roman pour une minisérie en 3 épisodes. Plus fidèle au roman, cette version est pourtant bien moins réussie visuellement que le film de Kubrick. En 2013, le maître de l’horreur finit par écrire une suite à son roman Shining. Dans Doctor Sleep, Danny Torrance, devenu adulte, peine à surmonter son traumatisme et son don surnaturel, bien après les événements à l’Overlook. J’ai adoré la première partie du livre, qui raconte la lutte de Danny contre l’alcoolisme. La suite du livre, où il est confronté à une nouvelle menace surnaturelle, m’a moins convaincu.

En 2019, pour boucler la boucle, Mike Flanagan adapte le livre au cinéma. Ewan McGgregor y incarne Danny. Bien que divertissant, le film n’arrive pas à la cheville du film de Kubrick. Ce n’est pas faute d’essayer, Flanagan a recréé plusieurs scènes du film original et le final se déroule dans un Overlook abandonné. Le scénario brasse trop d’idées et de personnages, et la mise en scène est bien trop sage pour être à la hauteur du modèle. Le réalisateur avait des idées pour prolonger le film à travers différents spin-offs centrés sur des personnages secondaires, mais l’échec du film leur a semble-t-il porté un coup fatal.

Cependant, Stephen King et Hollywood n’en ont pas fini avec l’Overlook. Une série centrée autour du célèbre hôtel serait en développement pour la chaîne HBO.

Dessiner Shining

Shining ne figure pas dans mes films préférés. Pourtant chaque vision du film m’a profondément marqué et m’a laissé des images en tête. Pendant le confinement, en réfléchissant à comment dessiner sur le film, j’ai fini par le revoir. J’ai à nouveau été happé par le pouvoir de l’Overlook, la folie de Jack et surtout le génie de Kubrick.

Dans le prochain article, je te raconte en détail comment j’ai dessiné l’affiche : les difficultés rencontrées pour rendre justice à la vision de Kubrick, pourquoi j’ai failli abandonner le projet et les conséquences inattendues nées du processus.

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